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© Christophe Louergli
 

sa prière
malika djardi
association stand (france)

dimanche 11 juin à 19:00
au jardin de l'évêché

durée : 35 minutes

tarif unique à 10€

 

++ soirée partagée
avec paula pi ++

Conception, chorégraphie, interprétation
Malika Djardi
Voix-off Marie-Bernadette Philippon
Musiques utilisées
Rihanna (feat Calvin Harris) « We found love », Jordi Savall « Tres Morillas »
Design sonore Benoit Pelé
Conseils à la dramaturgie Youness Anzane
Scénographie
Malika Djardi, Florian Leduc
Création lumières Florian Leduc
Remerciements Benoit Pelé, Jean-Marc Adolphe, Fabienne Aucant, CND Lyon - Rhône-Alpes

Coproduction Charleroi Danses - centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Résidences et soutiens Skite Caen et “Afterskite” au CDC L’Atelier de Paris-Carolyn Carlson, Rhizome Lyon, Charleroi Danses, CND Lyon - Rhône-Alpes.

 

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Dialogue entre un corps et une voix, Sa prière entrecroise avec finesse deux pratiques, deux engagements, deux femmes : Malika Djardi, chorégraphe-interprète, et sa mère, de son nom de jeune fille Marie-Bernadette Philippon, convertie à l’Islam par mariage puis par conviction.

À partir d’entretiens réalisés avec elle, l’artiste a tissé une trame sonore sur laquelle elle a construit un solo aussi abstrait que malicieusement expressif. Au récit en pointillé de la mère, qui évoque sa foi, ses rituels, mais aussi son passé, son mari, ses désirs, Malika Djardi en jeans et baskets répond par la danse, la présence, de légers regards vers le public et quelques sourires esquissés en prime.

À la fois avec amour et un brin d’insolence, son corps joue au contrepoint ou à l’écho lointain. Une danse collage aux inspirations volontairement éclectiques. Depuis des arabesques classiques aux déhanchés pop, en passant par des courses échevelées ou des postures tirées de Masaccio, Velasquez, Ingres… Et bien sûr, çà et là, des intonations dans ses mains ou dans ses pieds, suggérées par les gestes de sa mère. Cette femme qui, un jour, a choisi sa foi et s’est choisi un prénom, Aisha, autrement dit en arabe : la vie !

Choreographer and dancer Malika Djardi has woven a mesh of recorded talks with her mother, Marie-Bernadette Philippon, a convert to the Islamic faith. This is the background for her abstract and mischievously expressive choreography. Djardi draws on the gestures associated with her mother’s faith, rituals and past and also expresses an eclectic counterpoint of contrasts. A collage of wide-ranging inspirations.

Entretien avec Malika Djardi

Comment est né Sa prière ?
En 2010, j'étais étudiante au CNDC à Angers. On nous apprenait du répertoire et plein de formes de danse mais j'avais le sentiment de perdre l'essentiel, j'avais besoin de retrouver quelque chose qui m'était propre. Je m'intéressais beaucoup au film documentaire à ce moment-là... Les 24 Portraits d'Alain Cavalier m'avaient beaucoup touchée : ces récits personnels de femmes, comment chacune raconte sa vie à travers une pratique, souvent des métiers aujourd'hui complètement désuets... Cette façon de parler de l'autobiographique, de regarder des femmes âgées aussi... Cela m'a conduit à vouloir faire un documentaire sur ma mère et ses cinq prières journalières. J'ai pris une caméra et je l'ai interviewée. Puis, j'ai fait le test, une première fois, de danser avec cette interview pour un projet de fin d'études. Après quoi, j’ai mis ce travail de côté, et j'ai commencé à travailler en tant qu'interprète pour des chorégraphes. Parmi ceux-ci, Pierre Droulers, qui était alors artiste associé à la direction de Charleroi/Danses, à qui j'ai fini par demander une coproduction pour m'aider à reprendre ce travail, le développer et en faire une pièce à part entière.

Pourquoi ce point de départ-là ? Votre mère, ses prières ?
C'est toujours un peu compliqué d'expliquer pourquoi on s'intéresse, à un moment donné, à un sujet en particulier... La question de la croyance m'a toujours intéressée. Dans son acception générale : qu'est-ce qui nous porte ? Et dans ma vie en particulier : qu'est-ce qui me porte quand je danse ? À quoi ai-je envie de croire quand je suis au plateau ? La danse est quand même l'art le plus « inutile » quelque part, qui ne laisse aucune trace matérielle. En même temps, c'est le plus beau, le plus proche de soi-même. (...) Après, pourquoi ma mère ? Je ne sais pas exactement... C'était un besoin. (...) Quand j'étais au CNDC d'Angers, je n'avais plus d'appartement à Lyon. Du coup, quand je revenais – certains week-ends, pendant les congés – je logeais chez ma mère. J'ai pu ainsi la voir prier de façon très précise. Tout un rituel qui prenait beaucoup de place, chaque jour, cinq fois par jour. Cela m'a étonnée, fascinée. Je n'avais jamais vu ce côté d'elle. Il y avait quelque chose de très beau aussi, avec ses mains, ses pieds... Toute une série de gestes très précis, « recueillis »... C'est de là, je pense, que m'est venue l'envie de faire un film documentaire... Puis, en le faisant, je me suis rendu compte que la bande son en soi était très riche, et qu'elle pourrait faire une belle partition. Après, l'intérêt a été pour moi de décaler cette première idée de documentaire : comment, à partir des paroles de ma mère, créer une partition presque musicale. Et comment, ensuite, mettre cela en dialogue avec ma propre pratique, la danse, et avec moi-même en fait.

Pour cette partition musicale, vous ne vous limitez pas aux paroles de votre mère, vous y ajoutez des musiques également.
Ce sont des moments de contrepoints. Il y a Rihanna par exemple, et sa pop énergétique, avec une vraie force et une grande légèreté, quelque chose d’assez « badass », plutôt masculin même par rapport à son image. Elle chante : We found love in a hopeless place [NDLR : « nous avons trouvé l'amour dans un lieu sans espoir »]. J'ai choisi aussi d'insérer une chanson espagnole du XVe siècle, Tres Morillas, qui raconte l'histoire de trois Maures qui font le chemin inverse de ma mère : trois musulmanes forcées de se convertir au catholicisme... Ces choix musicaux ont du sens pour moi par rapport à ce qui est traversé, mais aussi par rapport avec ce que j'avais envie de pratiquer physiquement.

 

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